On ne choisit pas sa famille.
Ah bon ?

Des gens sans aucun ancêtre en commun finissent par devenir indispensables les un·es aux autres. Un canapé, une adresse, une piste de danse : il suffit parfois d’un endroit où revenir pour commencer à faire famille.

Dans Les Chroniques de San Francisco, d’Armistead Maupin, cette adresse est le 28 Barbary Lane. Autour d’Anna Madrigal, les locataires deviennent peu à peu une famille choisie, avec leurs amours, leurs secrets et leurs contradictions. On peut y arriver sans trop savoir où l’on va et finir par trouver les personnes avec qui avancer. Un programme assez séduisant pour une simple location.

Avec Pose, la famille choisie prend un sens plus vital encore. Dans le New York de la culture ballroom, Blanca fonde la House of Evangelista : une maison, une équipe pour les bals, mais surtout un refuge pour de jeunes personnes LGBTQ+ qui cherchent leur place. Être une « mère », ici, n’est pas une affaire de biologie : c’est accueillir, transmettre, protéger, et parfois remettre tout le monde dans le droit chemin avec un sens certain de la réplique. Derrière les tenues spectaculaires, il y a cette idée très concrète : prendre soin les un·es des autres.

Ces histoires mettent des mots sur des liens que beaucoup connaissent. La personne qu’on appelle quand tout va mal. Celle qui repère immédiatement notre air de « oui oui, ça va ». Les ami·es avec qui l’on partage les grandes nouvelles, les dimanches sans programme et le dernier morceau de fromage preuve d’affection particulièrement sérieuse.

Et puis il y a les lieux où ces liens commencent. On vient pour boire un verre, on revient pour retrouver quelqu’un, et un soir on réalise qu’on connaît la moitié de la piste. Au Rosa Bonheur, cette façon de faire famille nous parle : les bandes se croisent, les nouvelles têtes deviennent familières et il reste toujours quelqu’un à présenter à quelqu’un.

Alors, en novembre, on célèbre les familles qu’on se crée. Celles qui nous accueillent, nous connaissent et nous laissent la place de changer. L’arbre généalogique est un peu flou. Pour la photo de famille, en revanche, il va falloir reculer.