Un vestiaire à soi : sortir du rang, choisir sa coupe

Une cravate, une veste ouverte, un pantalon sous une jupe. Il suffit parfois de quelques détails pour faire bouger les lignes. Au Palais Galliera, Un vestiaire à soi. Féminités dissidentes au XIXe siècle raconte comment des femmes ont puisé dans les penderies masculines pour se composer une allure et, avec elle, une autre place dans la société.

Premier coup de cœur : un petit objet en porcelaine représentant les Ladies of Llangollen, deux femmes ayant choisi de vivre ensemble. Leur tenue ? Un costume d’amazone, qui emprunte au vestiaire masculin tout en conservant une longue jupe. Dessous se cache un pantalon. Les apparences sont sauves ; la frontière commence à céder.

Autre curiosité : les chapeaux de la princesse Murat, équipés d’un monocle pour mieux voir à la chasse. Un détail pratique qui croise toute une histoire : emprunté aux hommes, le monocle devient aussi un signe de reconnaissance dans les milieux lesbiens. De quoi corriger la vue et brouiller les codes.

C’est aussi ce que raconte l’historienne Christine Bard dans Une histoire politique du pantalon : les vêtements distribuent des rôles, signalent le pouvoir et accompagnent les conquêtes de liberté. Une coupe peut sembler anodine et toucher à tout un ordre social. Quant au médiéviste Clovis Maillet, ses Genres fluides rappellent que les vies qui débordent des catégories n’ont pas attendu notre époque pour exister.

L’intérêt du parcours tient justement à ces nuances. Emprunter un vêtement d’homme ne signifie pas toujours vouloir passer pour un homme. Cela peut permettre de travailler, de bouger, d’affirmer ses goûts ou de se reconnaître entre soi. Les gestes se ressemblent ; les intentions peuvent varier.

Un peu plus loin, la garde-robe de Rosa Bonheur donne à cette liberté une forme très concrète. Chemise blanche, gilet ample, jaquette ouverte : la peintre assemble les pièces, les porte avec un pantalon ou une jupe. Comme le souligne Marine Kisiel, commissaire de l’exposition, elle se compose un vestiaire à l’image de sa vie. Ce qui compte, c’est de pouvoir choisir, et recommencer le lendemain.

On ressort avec l’envie de regarder les vêtements de plus près. Ce qu’ils autorisent, et ce qu’ils empêchent. On ressort avec cette idée assez réjouissante : une garde-robe peut aussi servir à élargir sa vie.

Un vestiaire à soi. Féminités dissidentes au XIXe siècle, au Palais Galliera, jusqu’au 14 février 2027.