Il y a un truc qui se passe en mai. Quelque chose qui revient avec la chaleur, doucement, sans prévenir : le corps existe, et c’est bien.
On n’a rien à prouver. On n’a rien à préparer. Le corps qu’on a, gros, maigre, musclé ou non, marqué, mou, bruyant, discret, c’est celui qui danse, qui vibre, qui s’assoit sur l’herbe et commande un verre. C’est le bon.
On vit dans une époque qui adooore parler des corps. Les afficher, les commenter, les comparer, les corriger. Les réseaux sont pleins de silhouettes parfaitement éclairées, de ventres plats et de cuisses lisses. Et quelque part entre février et avril, une voix intérieure finit toujours par susurrer : t’as pensé à te remettre au sport ? Non. On n’a pas pensé à ça. On a pensé à appeler des potes pour partager la 4e dernière raclette de la saison.
Au Rosa Bonheur, on ne marche pas à ça.
Ici, la guinguette n’a jamais eu de dress code. La piste non plus. Ce qui s’y passe depuis le début, c’est autre chose : des gens qui arrivent comme ils sont, qui bougent comme ils peuvent, qui prennent de la place sans demander la permission. Des corps qui transpirent, qui rient, qui se touchent, qui s’effondrent dans l’herbe entre deux morceaux parce que franchement ce DJ, il assure.
Mai, c’est la saison où tout ça redevient évident. On enlève une couche de fringue, on lève la tête, on sent le soleil sur les bras. Ce moment où l’on réalise qu’on n’avait pas besoin de changer quoi que ce soit, juste d’attendre que la lumière revienne.
Il y a quelque chose de politique là-dedans, même si on n’en fait pas un manifeste. Occuper l’espace avec son corps tel qu’il est, sans s’excuser, sans se planquer derrière un pull trop grand, c’est déjà un acte. Surtout quand on a passé des années à apprendre à faire le contraire.
Il y a des gens qui font de ça leur travail. NATH, artiste féministe, expose le mois prochain, dès le 6 juin Nous Férales à Rosa Bonheur à l’Ouest,une série de dessins qui célèbre les colères féminines par le symbolisme animal. Chaque œuvre naît d’un témoignage, d’une petite phrase, d’un animal choisi. Un Féral, c’est un animal domestique qui retourne à l’état sauvage. On voit l’idée. On sent qu’on va se recentrer sur ce qui compte : nous, notre corps, nos ressentis.
Au Rosa Bonheur, on fête ça. Les corps qui dansent sans savoir danser. On fête la présence de nos corps les uns avec les autres.
On a prévu de la place pour tout le monde, sans chichi. Le soleil sera là. La musique aussi. Et la guinguette ouvrira grand, pour tous les corps qui avaient juste envie d’air.
On vous attend, vous ♡
